Oui, l’idée n’est pas une simple légende de comptoir : Gérardmer a bien figuré parmi les villes candidates quand la France cherchait où organiser, en 1924, la première grande semaine internationale dédiée aux sports d’hiver. Et forcément, dans les Vosges, la question reste savoureuse : à quoi aurait ressemblé un hiver olympique au bord du lac ?
En janvier 1924, les compétitions qui deviendront les premiers Jeux olympiques d’hiver se tiennent finalement à Chamonix, du 25 janvier au 5 février. À l’époque, on parle d’abord de « Semaine internationale des sports d’hiver », avant que l’événement ne soit reconnu comme première édition olympique. Ce cadre est important : on est dans une période pionnière, où l’organisation se décide vite, où les infrastructures se montent parfois en quelques mois, et où la France veut prouver qu’elle peut accueillir un rendez-vous d’envergure.
Comment Gérardmer s’est retrouvée dans la course
Pour comprendre pourquoi Gérardmer a pu être prise au sérieux, il faut remonter avant 1924. Le ski et les sports d’hiver ne sortent pas de nulle part dans le massif vosgien : dès le début du XXe siècle, la ville structure son offre, organise des événements et attire une clientèle qui vient déjà « prendre l’hiver ». Un repère marquant revient souvent dans les archives : la création d’une société dédiée aux sports d’hiver au tournant de 1909, et surtout l’ambition d’accueillir des rendez-vous d’ampleur nationale, voire internationale.
Autrement dit, Gérardmer n’était pas seulement une carte postale : c’était un territoire qui voulait compter. Il y avait un lac, des pentes, une culture du plein air, et une vraie envie de se positionner sur le tourisme sportif. Dans une France où l’on commence à vendre l’hiver comme une destination (train, hôtels, affiches, semaines sportives), cela pesait dans un dossier. Et quand les instances françaises discutent d’un grand événement hivernal en lien avec les Jeux de Paris 1924, il est logique que les Vosges tentent leur chance.
Pourquoi Chamonix a été choisie ?
Le choix ne s’est pas joué sur le charme, mais sur le pragmatique. Les textes disponibles sur l’organisation de 1924 rappellent deux points décisifs : la capacité d’hébergement et la probabilité d’enneigement. Chamonix, avec ses hôtels, sa notoriété touristique déjà solide et son environnement de haute montagne, rassure davantage pour loger athlètes, officiels, journalistes et spectateurs, et pour garantir des conditions hivernales plus « stables ».
On peut le dire sans vexer personne : pour un événement naissant, le risque zéro n’existe pas, mais on choisit le dossier qui semble le moins fragile. Et en 1924, l’enjeu est énorme : si la semaine des sports d’hiver échoue, l’idée même d’un cycle olympique hivernal peut s’éteindre. Dans ce contexte, Gérardmer a probablement payé le prix d’un doute logistique (logements, infrastructures dédiées) plus que d’un manque d’âme sportive.
À quoi aurait ressemblé un hiver olympique à Gérardmer ?

Imaginons, sans trahir l’histoire. Un « Gérardmer 1924 » aurait très probablement mis le lac au centre du récit, à condition que la glace et la météo soient au rendez-vous ou qu’une patinoire temporaire soit aménagée. On peut visualiser une ambiance très “belle époque” : tribunes en bois, fanions, brassards, fanfares, et des épreuves qui attirent autant les curieux que les passionnés. L’image est puissante : des délégations arrivant en train, la ville qui se transforme en scène sportive, et les Vosges qui deviennent, le temps de quelques jours, le cœur de l’hiver international.
Mais il y a l’envers du décor : pour accueillir des compétitions d’envergure, il faut des installations, des accès, des équipes techniques, une logistique de sécurité, et une capacité d’accueil qui ne s’improvise pas. Or l’histoire de 1924 montre justement à quel point ces questions ont pesé dans la décision finale. Le scénario vosgien fait rêver, mais il aurait exigé une accélération considérable des aménagements.
Ce que cette candidature dit des Vosges, un siècle plus tard
Même sans avoir accueilli l’événement, la candidature reste un symbole fort : les Vosges se voyaient déjà comme une terre de sport d’hiver, pas comme une simple alternative. Et c’est peut-être cela qui touche encore aujourd’hui. Parce qu’une candidature, c’est une photographie d’époque : celle d’un territoire qui se projette, qui veut attirer, qui veut rayonner.
Alors, la vraie question n’est pas seulement « pourquoi la station de ski de Gérardmer a perdu ? », mais plutôt : qu’aurait-elle gagné si elle avait été choisie ? Une marque internationale plus précoce, des infrastructures plus rapides, une trajectoire touristique différente… et peut-être un autre récit sportif pour tout le massif vosgien. Un siècle après, l’idée continue d’accrocher l’imaginaire. Et si c’est le cas, c’est qu’elle touche quelque chose de très local : la fierté tranquille d’un territoire qui n’a jamais attendu qu’on lui donne l’hiver.
Et vous, quelle épreuve “1924” verriez-vous le mieux au bord du lac : patinage, hockey, ou une grande fête populaire du ski ?
